Layla partit donc, baluchon sur l'épaule, dans une région peu habitée du Royaume, nommée le Thol. En chemin, elle vit de merveilleux paysages, une végétation chatoyante et verte à souhait, les oiseaux chantaient de sublimes balades sur son passage, les papillons rivalisaient de couleurs et l'odeur des arbres fruitiers emplissait l'atmosphère. Quant elle arriva sur la place du village de Nayac, elle se dirigea vers la fontaine pour remplir sa gourde en poil de chèvre, offerte par son grand-père Marcellino. Une vielle dame lui demanda de l'aide pour prendre un peu d'eau dans sa tasse de cuivre, et Layla en profita pour lui demander où est-ce qu'elle pouvait loger cette nuit. La vieille dame lui répondit:
- " Eh ma bonne enfant! Te voilà arrivé au bon endroit té! Continues le petit chemin que tu vois là, tu arriveras au château du Compte Erick avant la tombée de la nuit! Là, demande-z'y de t'héberger en échange de petits travaux. J'ai ouïe dire que sa servante était tombée malade, il t'acceptera surement!"
Layla remercia chaleureusement la vieille dame et emprunta le petit chemin indiqué par celle-ci. Comme prédit, le jour tombait tout juste lorsque la petite arriva au château. Il était immense, avec quatre tours circulaires à ces angles et une fine tour centrale s'élevait de son centre! Il devait bien y avoir six étages! Au loin, Layla aperçut même une écurie et des cavaliers qui s'entrainaient. La vieille dame eut raison, le Compte Erick accepta d'héberger la jeune fille qui devrait en échange remplacer la servante malade.
Layla passa donc deux mois au château du Compte, durant lesquels elle se ressourça. Le jour de son départ, elle était bien.
A son retour en ville, elle eût cependant quelques appréhensions concernant son petit c½ur. Elle demanda à ses parents de poursuivre son éducation à la campagne, dans la région du Grés, chez une vieille tante de la famille. "Ainsi" se dit-elle, "mon c½ur ne risquera pas de se frotter aux épines de jeunes garçons sans scrupules".
Sa vieille tante l'installa au dessus de la grange, c'était une petite chambre de bois où régnait une odeur de paille que Layla aimait bien.
Malgré ses précautions, une quinzaine après son arrivée, Layla flirtait déjà avec un artisan du coin. Par crainte qu'il ne lui arrive malheur, elle alla demander conseil à sa tante. Cette dernière lui conseilla de se rendre chez la Fée Verte, dans le village voisin. La jeune fille ne perdit pas une seconde, elle se mit en route, son fidèle baluchon sur le dos, contenant une miche de pain et un bon saucisson, de quoi la requinquer si besoin. Au petit matin, Layla arriva enfin. Le village se nommait Guejun, "drôle de nom" pensa notre enfant. La maison de la Fée Verte ne fut pas dure à trouver, c'était la dernière du village et elle était recouverte de lierre et de plantes embaumantes. Après des heures de discussions passionnées où Layla expliqua son problème, la Fée lui suggéra une solution:
- "Bien ma petite, je ne vois qu'une solution pouvant être efficace, mais je vais devoir user de ma magie, me fais-tu confiance?"
La jeune fille acquiesça.
- "Très bien, je vais donc neutraliser ton c½ur en enfermant son âme dans une cage de glace que je porterai à un de mes amis pécheur. Il navigue sur le Vingilótë, c'est un bateau commercial qui fait le tour du monde, il ne rentre à quai qu'une fois par an, et je crois bien qu'il arrive demain! Oui oui, c'est bien cela! L'âme de ton c½ur partira donc en voyage, et même si elle tentait de revenir, elle serait emprisonnée par sa cage de glace. Ainsi, ton c½ur sera en toi physiquement, mais il n'exercera que sa fonction première, et tu sera tranquille pour un an."
Après quelques incantations, des bougies en pagaille et une explosion, l'âme du c½ur de Layla se retrouva enfermée dans une cage de glace comme prévu. L'opération couta à la jeune fille trois poulets et un kilo de carottes, mais elle pensa que ce n'était pas très cher payé si la magie de la Fée Verte opérait vraiment.
Et elle opéra.
Durant un an, Layla ne se priva pas d'hommes, mais attention, elle n'en n'eut pas à foison non plus car elle se faisait une fierté à respecter des règles auxquelles elle obéissait depuis toujours: choisir les meilleurs. Ce n'était donc pas Monsieur Beau-Garçon qui se trémoussait devant tous ses camarades aux bals de village qu'elle choisissait. Non, c'était les plus intelligents, ou les plus beaux, cela dépendait mais c'était toujours ceux que tous convoitaient mais peu obtenait. Car Layla aimait les défis, les garçons faciles la lassait, et les stupides la désespérait.
Au mois de mai, alors que les beaux jours revenaient, Marlèna une des meilleures amies de Layla, emmena cette dernière à l'anniversaire d'un copain - Sir Titoine - qu'elle ne connaissait même pas. Mais Marlèna insista, et elles croisèrent sur le chemin d'autres amis qui firent de même: Layla céda.
Alors que les fonds de caves se vidaient, Layla se retrouva assise à papoter avec un garçon qu'elle avait déjà rencontré 3 ou 4 fois lors de fêtes du même genre. Il se prénommait Théobald, et avait de grands yeux d'un bleu intense. Quelques temps plus tard alors que la fête battait son plein et l'alcool de patate aidant surement, ils s'embrassèrent.
Ils se revirent le mois qui suivit à l'occasion de l'anniversaire d'une amie de Marlèna que Layla ne connaissait pas non plus. La fête se terminant relativement tôt, Théobald, Marlèna, Clara, Benoit, Sir Titoine, Layla et Sir Godefroy partirent alors chez ce dernier pour terminer la fête comme il se devait. Il possédait un manoir immense, et un parc avec un petit lac. Ils se baignèrent tous joyeusement, et tandis que le jour n'allait pas tarder à pointer son nez, ils rentrèrent prendre un bon bain chaud tous ensemble. Après cela, chacun choisi une couche et s'endormi. Théobald avait choisit un petit lit dans la plus haute tour du manoir. Layla lui fit une bise pour lui souhaiter une douce nuit et s'apprêtait à redescendre lorsqu'il lui demanda:
- " Tu reviens après hein?"
Bien sur qu'elle revint. Elle passa la nuit dans les bras de ce jeune garçon, chose rare pour elle que de dormir dans les bras d'un homme, soit dit en passant.
L'été allait pointer son nez quand la petite troupe d'ami décida de partir une semaine près de l'Océan, cette grande étendue bleue que peu avait la chance de voir. Mais la petite troupe était têtue, ils avaient chacun piqué ou emprunté un cheval et sont parti construire des cabanes dans le sable.
La première nuit sous les étoiles fut magique. Tous étaient joyeusement assis autour d'un feu, à contempler l'océan. Théobald s'était allongé dans le sable et Layla avait posé sa tête sur son épaule... puis l'embrassa une fois de plus. Leur petite semaine de vacance improvisées se déroula à la perfection, tout semblait hors du temps. Notre jeune héroïne pensait que Théobald était comme tous les autres quelque part, et qu'une fois ces vacances terminées, ils seraient comme avant, de simples connaissances s'embrassant lors de fêtes de village. Mais lorsque Layla parti, ils convinrent de se revoir, et lors des adieux, Théobald lui fit un de ces clins d'½il qu'on n'oubli pas de sitôt.
C'est ainsi que tous les dimanche - jour du seigneur qui par grace n'est pas travaillé - Layla prenait son cheval et descendait de la campagne de Thol où elle travaillait pour l'été, et allait voir son cher Théobald. A la fin des vendanges, cela faisait trois mois que nos deux jeunes fricotaient. Layla s'extasiait de la perfection de cette relation. Jamais elle n'en avait connu de semblable auparavant. Comme elle le répétait souvent à Marlèna, tout paraissait simple avec Théobald. Elle se sentait légère. Il faut dire que sans le chercher, elle avait trouvé un homme qui correspondait à ses critères. Il n'était pas stupide et loin de là, il avait des valeurs, il lui plaisait, il l'a faisait rire... Il avait aussi tendance à faire passer ses amis avant tout le reste, mais elle ne pouvait l'en blâmer. Elle était réellement elle-même avec lui, et n'avait pas besoin de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, n'avait pas besoin de calculer ses mouvements ou encore d'argumenter plus que de raisons sur l'origine de ses pensées.
A l'aube du quatrième mois, Layla sut que la cage de glace renfermant l'âme de son c½ur avait fondu, et que le bateau rentrait au port.